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Oriane commence cette page de son carnet par une introduction (feutre rouge) : je lis beaucoup, je lis n’importe quoi et n’arrive pas à me faire une idée précise de ce qu’est la littérature, du fait que tel texte fonctionne et tel autre non. Ainsi je ne saurais dire vraiment ce qui m’attire dans cette page d’un livre trouvé un jour dans un train. Peut-être les circonstances de cette trouvaille y sont-elles pour quelque chose. «De minuscules lueurs éclairaient fugitivement l’obscurité. Des senteurs émanaient de la verdure par bouffées. Yasha souleva la main gantée d’Emilia et posa un baiser sur son poignet. Il se sentait de nouveau envahi par son amour pour elle. Il désirait passionnément son corps. Le visage restait plongé dans l’ombre, mais les yeux luisaient comme deux pierres précieuses aux reflets d’or et de feu, chargés de promesses pour la nuit. La rose que Yasha lui avait achetée, tandis qu’ils se rendaient au théâtre, répandait un parfum enivrant. Il approcha ses narines de la rose et eut l’impression de respirer l’odeur même de l’univers.» Note (feutre bleu) : un fragment de texte tel celui-ci suffit à remplir mon esprit et mon imagination durant un laps de temps très long. Il m’ôte le désir de lire la suite, me laisse en suspension dans la rêverie comme un satellite tournant sans fin autour d’une planète.
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